
Avant de craquer pour une magnifique bâtisse délabrée, voici quelques questions
qu'il faut se poser:
- Etes-vous expérimentateur?
Plus que des qualités de bricoleur, vous aurez besoin de l'état d'esprit d'un
explorateur, constamment aux aguets pour déterminer quel devrait être le bon
geste, la bonne séquence.
Il faut toujours réfléchir, chercher à comprendre, et ne pas simplement
appliquer des recettes. Lorsque je travaille, j'ai toujours un maelström dans la
tête.
- Avez- vous des impératifs de temps ?
Malgré toute ma néanmoins modeste expérience, les travaux demandent trois
fois plus de temps que prévu.
Il faut donc avoir beaucoup de patience, pour prendre soin de chaque étape,
et jamais, au grand jamais, se fixer un délai pour quoique ce soit. Il faut se
dire que le boulot avance, et c'est déjà pas mal. J'ai plusieurs fois omis ce
précepte, et cela a souvent amené de petites imperfections qui, si elle ne sont
pas très visibles, me sautent au nez et me rendent insatisfait.
- Aimez-vous le camping ?
Au bout d'un an et demi de travaux, j'ai obtenu une chambre (40 m²) et une
salle de bain. Nous avons donc pu aménager, en faisant la cuisine sur un camping
gaz, avec une jolie couche de poussière qui se dépose régulièrement sur tout ce
qui est un tant soit peu horizontal...
Comptez au minimum 6 mois pour chaque pièce supplémentaire.
-Avez vous les mêmes goûts que votre conjoint ?
Chaque petit détail réalisé demande une décision : une forme de prise, une
hauteur de meuble, une couleur de vernis, la forme de chaque porte, le sens
d'ouverture de chaque porte, l'aménagement d'un tiroir, la position d'une
cloison (c'est pas mieux 10 cm à droite ?)...
Ce sont plein de détails qui ne posent pas de problèmes quand on achète tout
fait : on visite une maison : ça va ou ça va pas, globalement.
Donc, dans le prévisionnel des travaux, sachez que 50% du dépassement du temps
est dû à un problème de prise de décision. C'est le temps minimum qu'il vous
faut pour convaincre votre conjoint que vous avez la meilleure idée, tout en
évitant le divorce... (ou, si vous êtes plus rusé, pour lui faire croire que
c'est lui qui a eu l'idée... ).
Conclusion
Les paragraphes précédents ne sont pas qu'à prendre à la galéjade. Lorsque je
me suis lancé, je croyais être un grand original, doté d'une folie unique. Mais
depuis que j'en parle autour de moi, je me rend compte que pas mal de gens se
sont lancé dans la même aventure. Et l'on m'a relaté quand même deux cas
malheureux:
Dans le premier, le mari a logé provisoirement femme et enfants dans une
caravane dans le jardin de la future merveille. Sentant que les conditions de
vie n'était pas idéale pour sa pauvre femme, il a essayé de mettre les bouchées
double. A force de boulot, il a fait une réelle crise de surmenage, et cela à
été très dur.
On m'a aussi relaté un cas de divorce lié à une rénovation. Je n'ai pas plus de
précision, mais méfiance donc.
Ceci dit, ce sont des cas marginaux comparé au large nombre de gens qui se
lancent.
Je pense que le principal inconvénient de se lancer dans une telle aventure
est lié à la dose d'affection que l'on apporte à sa maison : il devient
impossible de concevoir vivre dans du préfabriqué, impossible de concevoir de
vendre le fruit de ses entrailles, donc impossible de chercher du boulot dans
une autre région.
Dans mon cas, pour l'instant, cela reste énormément positif. Mon boulot est
correct, et mon ambition professionnelle moins grande que mon envie de vivre
bien avec ma famille dans ce magnifique Finistère Nord. Il faut quand même dire
qu'avec ma profession (comme avec beaucoup d'autres), avoir plus d'ambition
professionnelle veut principalement dire vivre à Paris, et ça, ça me calme
vraiment... Gagner plein de fric, voir à peine sa famille pendant la semaine,
vivre dans un appartement, passer ses week-ends en voiture dans les bouchons...
Est-ce cela le bonheur ?
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